Alex-Mot-à-Mots

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Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

Les enfants sont rois
7 avril 2021

vie moderne

Si j’avais beaucoup aimé les premiers romans de l’auteure, je dois avouer que ces dernières années, elle m’avait beaucoup moins convaincue. Mais son dernier livre est accueilli de façon élogieuse, je me décide donc à le lire.

L’auteure frappe fort, car Mélanie est une mère que je n’oublierai pas. Sa fille Kimmy non plus, dont la colère déplacerait des montagnes. Les personnages masculins sont plus en retrait, plus passif (comme le père et le grand frère Sammy).

Elle m’a estomaquée, cette mère qui cherche à tout prix la notoriété. Ne pouvant la trouver dans la télé-réalité, Internet devient sa bouée de sauvetage, et pour finir, le but de sa vie.

Et heureusement qu’elle a YouTube et Instagram pour vivre, sinon, elle aurait été engloutie par le vide de son existence.

Dommage collatéral : ses enfants.

J’ai aimé que l’auteure croise les regards sur ce monde impitoyable des youtubeurs, qui peut rapporter gros, mais à quel prix.

J’ai aimé Clara l’enquêtrice, dont les deux parents hussards de la République l’on élevée loin de la télévision, et qui cherche à comprendre cette femme.

J’ai aimé être propulsée en 2031, lorsque les enfants sont majeurs, et que la technologie a fait des progrès. Des progrès, vraiment ?

Quelques citations :

Les fondamentaux ont été adoptés une bonne fois pour toutes : je suis youtubeur donc je suis heureux.

La consommation est au coeur de la plupart des scénarios. Acheter, déballer, manger sont les pincipales activités des enfants.

Toutes ces vidéos obéissent au même ressort dramaturgique : la satisfaction immédiate du désir. Kimmy et Sammy vivent le rêve de tous les enfants : acheter tout, tout de suite.

Les envoyés-sur-place-en-direct-du-Grand-Rien étaient à l’oeuvre.

« Tant qu’elles ne regardent pas du porno, tu sais, on se dit que tout va bien. On n’a pas pensé une seconde à la quantité de pubs qu’elle se sont bouffé l’air de ne pas y toucher… »

La gaieté outrancière du ton, la multiplication des jeux stupides et parfois avilissants, l’adhésion sans réserve et sans discernement à la consommation ou à l’acte d’achat, la malbouffe accueilli avec extase, les mêmes phrases répétées jusqu’à la nausée…

L’image que je retiendrai :

Celle du studio acheté à côté de l’appartement pour filmer et monter les vidéos.

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Une enquête de Lilith Tereia, Le Bûcher de Moorea
7 avril 2021

policier, Polynésie

C’est parce que ma librairie préférée avait fait un coup de coeur de ce roman policier que j’ai découvert le polar « noir azur ». Le concept : une spécificité de l’insularité pacifique.

Ce roman, le premier d’une série mettant en scène Lilith Tereia photographe, se déroule entre Tahiti et Moorea.

Deux histoires s’imbriquent : celle d’un bûcher sur l’île soeur de Tahiti sur lequel ont été retrouvé des membres de touristes indonésien, et celle de Naël qui vient sur l’île pour retrouver Ariane son ex-femme. Sauf qu’Ariane a été l’amante de Lilith.

Car au paradis, l’enfer existe aussi.

J’ai aimé découvrir un peu de la culture polynésienne en lisant ces pages (le mana plus ou moins puissant) ; quelques mots de vocabulaire (vini pour téléphone).

Un polar qui flirte avec l’irrationnel. Songé : Naël découvre un rat qui parle et qui l’accompagne dans sa recherche.

J’ai tout aimé dans ce polar : les eaux chaudes du lagon, mais aussi les pluies diluviennes ; les noix de coco farceuses et un certain côté magique.

Mais aussi le carnage des indonésiens en Papouasie qu’aucun média ne rapporte. Et l’auteur ne nous prive d’aucun détail.

Une série prometteuse dont je ne manquerai pas de lire la suite.

L’image que je retiendrai :

Celle de Raymond, l’oncle de Lilith, qui prépare sa pirogue pour aller pêcher à 4 heure du matin.

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Les Fragiles
7 avril 2021

société

Quelle drôle d’histoire ! Nous sommes placé du côté de Jérémiade (qui ne se plaint pourtant jamais dans ces pages). Jérémiade est triste depuis que son mari est décédé. Jusqu’ici, c’est normal.

Sauf que la société dans laquelle elle vit ne doit afficher que du bonheur.

J’ai aimé découvrir ce monde étrange aux injonctions à la joie de vivre (des fêtes sont même organisées pour le rappeler).

J’ai aimé découvrir la fille de Jérémiade qui fait son possible avec son mari jamais content, et son enfant à naître. Même si on sent qu’elle est proche de la rupture.

J’ai aimé le miroir tendu par l’auteur à nous lecteur : n’aurions-nous pas droit, nous aussi, à des moments de déprime bien compréhensibles ?

L’image que je retiendrai :

La scène finale qui montre que Jérémiade n’a pas du tout envie de mourir.

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Changer l'eau des fleurs
8,90
7 avril 2021

couple

Il faut dire que le décor de ce roman est pour le moins original : Violette Toussaint, le personnage principal, travail dans un cimetière, et y habite.

Nous découvrons par petites touches la vie de Violette depuis sa naissance sous X, ses différents familles d’accueil seulement évoquées, son coup de foudre pour Philippe Toussaint, leur fille Léonine, leur travail comme garde-barrière jusqu’à l’automatisation de la ligne, puis le travail dans un cimetière, la moto de Philippe Toussaint et ses journées dessus jusqu’à sa complète disparition.

Je ne vous en dirai pas plus, au risque de divulgâcher ce roman foisonnant, qui s’autorise même un tour du côté de l’enquête.

Tous les ingrédients y sont pour faire un succès : du drame, de l’humour, du feel-good, de l’amour, de la couleur, des méchants, et même des citations de plaques de cimetière en titre de chapitre.

Mais, au risque de faire ma difficile, il y a un peu trop d’ingrédients à mon goût, et cette profusion a bien failli me faire caler au milieu de ce gâteau trop riche.

Une citation :

Si je portais son nom, je m’appellerais Irène Seul. Ca ferait une faute d’orthographe.

L’image que je retiendrai :

Celle de la couleur rose, omniprésente dans le roman.

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La laveuse de mort, Roman

Roman

Actes Sud

15 mars 2021

destin de femme

L’auteure nous plonge dans la vie d’un petit village du Kurdistan des années 80.

Frmesk a le tort d’être née fille, mais aussi avec une touffe de cheveux blancs : diablerie ou signe d’Allah ?

Les chapitres sur l’enfance de Frmesk alternent avec de courts chapitres dans lesquels nous la retrouvons en 2016 dans une chambre d’un hôpital de Norvège, en attente d’une opération. Elle se lit d’amitié avec une infirmière, Daria, qui lui fait pourtant courir de grands risques.

J’ai été étonnée, pour ne pas dire choquée, par la violence entre femmes qui règne au village : elles s’épient entre elles, cherchent la faute chez l’autre, au lieu de s’entraider face au pouvoir patriarcal.

Mais il faut dire que peu savent lire, et leur vocabulaire semble limité à des insultes.

J’ai aimé la grand-mère de Frmesk, laveuse de mort, qui prépare celle dont personne n’a réclamé le corps.

Le grand-père est zoroastrien, et le regard distancier qu’il porte sur la religion musulmane est le bienvenu.

Un roman plein d’humanité au milieu de tant de noirceur.

L’image que je retiendrai :

Celle du massacre d’Halabja, attaque chimique au gaz, contre cette ville kurde.

https://alexmotamots.fr/la-laveuse-de-mort-sara-omar/